La Transpyrénnée de Benjamin Pérez

La Transpyrénnée de Benjamin Pérez

Nous sommes le 22 aout et il s’est déroulé la Transpyrénnée sur 1000K et 25000d+. Nous avons retrouvé Benjamin Pérez, vainqueur de la Trans Alpes Magnus Race 2019 et membre de Baroudeur Team. Il nous fait le plaisir de nous raconter son parcours durant l’épreuve. 

Nous vous laissons avec Benjamin :

« Ça y est, le briefing a été donné et le départ est dans quelques heures. Dernier bon repas dans un restaurant en ville, derniers réglages mécaniques, derniers messages à mes proches, dernière sieste. Bien sûr, impossible de fermer l’œil, bien que je sois un peu habitué à faire de la longue distance à vélo, le fait que ça soit une course me stresse un peu. Mais l’ambiance est très bonne alors je rencontre et discute avec d’autres cyclistes. Est-ce que tu prends des affaires pour dormir dehors ? T’as beaucoup de bouffe dans tes sacoches ? Tu penses le faire en combien de temps ?

Tu vas dormir la première nuit ? C’est marrant comme avec mes amis non-cyclistes, je passe pour un alien à parler de ce genre de course. Ici c’est la discussion de base et c’est très intéressant.

 

Transpyrénnée de Benjamin Pérez | Baroudeur Team

 

21 heures. Le départ est donné. Nous sommes environ 70 coureurs à s’élancer. Les premiers kilomètres se font sous escorte policière pour sortir de la ville en sécurité. À peine libérés de cette « lenteur », plusieurs groupes se forment. Un premier peloton met très vite de la distance. Ce sont ceux qui viennent là pour gagner, ceux qui ne veulent pas dormir, qui n’ont que des gels et des barres protéinées dans leur sacoche, qui sont clairement surhumains. Le deuxième peloton est plus mixte, mais toujours trop rapide, selon moi, pour le début d’une course de mille kilomètres. Je reste donc un peu en retrait, je ne veux pas me griller de cartouches juste pour suivre un peloton. Un proverbe italien que j’apprécie particulièrement dit : « Chi va piano, va sano e lontano » soit en français : « Qui va doucement, va sainement et loin. » Je me fais donc assez souvent dépasser lors des premières ascensions, par contre, je rattrape pas mal de cyclistes lors des descentes, je trouve déjà que ma stratégie est meilleure.

La première nuit est difficile, les cols ne sont encore que des montées de chauffe mais un vent de face brutal, parfois dangereux, nous colle au sol du départ jusqu’au premiers rayon de soleil. J’aime le vent, même s’il m’a déjà rendu fou sur des centaines de kilomètres de plat. J’ai toujours été impressionné par la force et l’énergie que produit cet élément. Par contre, la poussière et les feuilles qu’il fait voler, les arbres qu’il plie et le bruit qu’il soulève font que la nuit n’est pas du tout calme, voire stressante.

Deux heures du matin. Je commence à avoir les paupières lourdes. Je ne suis pas fan du café et le coca n’a que très peu d’effet sur moi. Il faut donc que je dorme même si la plupart des coureurs ne le font pas lors de la première nuit. Mais comme j’aime bien dire dans la pratique de l’ultracyclisme « Il faut manger avant d’avoir faim, boire avant d’avoir soif et dormir avant de tomber du vélo ». Lutter toute la nuit contre le sommeil serait pour moi contre-productif. Je serais lent et la journée du lendemain serait extrêmement difficile et ponctuée de plusieurs siestes indispensables qui me feraient perdre beaucoup de temps pour un repos moindre.

J’ai avec moi un matelas gonflable léger et un petit sac de couchage. Je fais un coussin avec ma veste et cet équipement me permet de très bien dormir à peu près où et quand je le veux. Une heure trente de sommeil suffira, encore peu de kilomètres dans les jambes, le fait d’être en course et sachant que peu vont dormir, cette première nuit m’incite quand même à me reposer au minimum. J’ai appris qu’il est important de connaître ses cycles de sommeil pour un repos optimal. Une heure et demi semble bien fonctionner pour moi, trois heures si je me sens fatigué et quatre heures trente si je suis au bout du rouleau.

 

Transpyrénnée de Benjamin Pérez | Baroudeur Team

 

Premier réveil, première grosse montée, le col de Jaun qui culmine à 1506 mètres d’altitude. Étant plus habitué aux cols alpins, je me dis que les Pyrénées ne seront pas trop difficiles. Les cols sont moins hauts et moins longs et, en effet, pour commencer, ça s’est passé sans grosse difficulté. L’avantage de peu dormir est qu’on est spectateur de tous les levers et couchers de soleil. Arriver en haut d’un col en même temps que les premiers rayons, croyez-moi, ça n’a aucun prix. S’en viennent ensuite quelques montées et descentes puis assez vite un premier col spectaculaire.

Le col de Pailhères, culminant à 2001 mètres. Surpris par un degré de pente plus élevé que ce dont j’ai l’habitude, la beauté de cette petite route et l’engouement de la course me propulsent avec beaucoup de plaisir au somment. Durant l’ascension, j’ai doublé pas mal de cyclistes qui n’ont pas dormi de la nuit et qui ressemblent déjà à des zombies pour certains. Ma stratégie me plaît et me motive davantage. Le restant de la journée se passe très bien, sous un soleil peu agressif et avec la rencontre de plusieurs concurrents.

 

Transpyrénnée de Benjamin Pérez | Baroudeur Team

 

24 heures après le départ, j’ai effectué 350 kilomètres et plus de 8000 mètres de dénivelé positif. Je suis surpris et très content de moi-même après cette journée sur le vélo. Malgré un printemps durant lequel j’ai fait très peu de longue distance, aucune partie de mon corps n’a l’air de se plaindre, même ça va plutôt bien. L’année passée, j’ai participé à ma première course. C’était une Trans Alpes Magnus Race, organisée par Cédric Amand, de la Team Baroudeur. 2700 kilomètres et plus de 50’000 mètres de dénivelé positif à travers les plus beaux cols alpins. J’y ai appris que mes fesses (région du corps très préoccupante lorsqu’il faut rester dessus toute a journée) me font assez mal les trois premiers jours mais qu’ensuite, ça va plutôt bien. Avant cette Transpyrénées, j’ai donc fait trois jours de vélo pour me rôder le cul afin d’avoir le moins d’inconfort possible durant la course. Et cette technique a largement porté ses fruits !

Deuxième nuit, déjà 16 cols accomplis sur 40. Si j’arrive à tenir ce rythme, je pourrais finir la course en trois jours, soit un de moins qu’escompté. Mais bon, ne pas trop se réjouir, ça pourrait se corser. Je trouve au hasard une grange pleine de foin et j’adore ça, en plus, pas besoin de gonfler le matelas. J’ai vraiment bien dormi durant trois heures.

Deuxième journée. Elle commence tranquillement avec quelques petits cols de chauffe avant d’attaquer le col de Balès. 1300 mètres de montée sur 25 kilomètres, certains passages très plats mais aussi d’autres très pentus ! Au pied de ce col, je rencontre Billy, un anglais qui fait sa première course longue distance. Nous papotons tout le long de cette magnifique montée à travers la forêt et arrivons en haut sans même nous en rendre compte. En bonne compagnie, tout passe vraiment mieux. Encore deux cols ensemble et il décide de prendre un rythme un peu plus élevé, je le laisse donc filer, très tenté de le suivre mais réconforté dans l’idée de garder des forces.

 

Transpyrénnée de Benjamin Pérez | Baroudeur Team

 

Voilà qu’après 560 kilomètres, se présente le col du Tourmalet, étape mythique du Tour de France. On m’en a parlé à plusieurs reprises comme étant le col le plus dur des Pyrénées avec plusieurs kilomètres à plus de 12% de pente. Finalement ça n’aura été « que » du 10% mais tout de même le plus difficile à arpenter jusque là. Après ça, on se dit qu’aucun autre col ne peut être plus difficile… À voir. Encore quelques cols puis la nuit tombe, mais la fatigue ne me prend pas et je me sens assez en forme pour rouler un bout de la nuit. Au clair de lune, j’ai effectué 70 kilomètres sur deux cols, dont le col de l’Aubisque, étape aussi réputée du Tour de France. Hélas, je n’ai pas pu admirer les paysages, qui selon plusieurs cyclistes est un des plus beaux cols pyrénéens. Le ciel rempli de milliards d’étoiles me fait largement positiver et je pourrais revenir ici, de jour comme de nuit. Je descends ce col et me repose à nouveau durant trois heures.

 

Transpyrénnée de Benjamin Pérez | Baroudeur Team

 

La troisième journée commence vraiment très bien. Très tôt, je refais le stock de provisions dans une boulangerie et je m’envole pour le col de Marie-Blanque. À son sommet, le plateau de Benou. Plusieurs kilomètres de plat à travers alpages, forêts, falaises, animaux et un soleil levant qui rendent cet endroit le plus beau lieu de cette Transpyrénée jusqu’à maintenant. S’en vient ensuite le col de Labays, une montée pleine de lacets qui rajoute une couche de beauté à une matinée déjà fort belle. En France, les cols sont très souvent détaillés par des petits panneaux au bord de la route indiquant l’altitude et le pourcentage moyen de la pente à venir. J’aime bien, ça permet de savoir où on en est et ce qu’il reste à faire, l’effort à fournir avant la prochaine descente. Celui-ci indiquant seize kilomètres avant le sommet. Mais une fois arrivé en haut, pas de descente, pas de réconfort. Le col de Pierre St-Martin, une « surprise » de quelques kilomètres en plus bien difficiles. M’étant basé sur les indications de la montée du col de Labays, je fais en sorte d’avoir assez d’eau pour arriver à son sommet. Il est, en général, possible de s’y réapprovisionner ou dans les villages lors de la descente. Mais là rien, je manque donc un peu d’eau (et l’eau c’est vraiment très important) mais pas au point d’avoir un soucis de déshydratation. Après discussions à l’arrivée, plusieurs cyclistes se sont retrouvés dans mon cas.

 

Transpyrénnée de Benjamin Pérez | Baroudeur Team

 

Dans la descente de Pierre St-Martin, je rencontre Bruno, un italien avec qui j’ai discuté avant le départ de la course. On roulera ensemble tout l’après-midi et une partie de la nuit. Un ultracycliste déjà plein d’expérience dans le domaine et fort sympathique. En discutant, les cols s’enchainent et nous paraissent moins longs.

Voilà qu’il ne reste plus que deux cols importants avant l’arrivée. On les commence très sereinement mais le col de Bagargi nous fait vite déchanter. Après le Tourmalet le jour précédent, je pensais que le plus difficile de la course était derrière moi. C’était mal connaître les ascensions du pays Basque. Sur les douze kilomètres de montée, quatre d’entre-eux ont affiché des moyennes de onze à treize pourcents. Autant dire que dans ce cas, en plus avec un vélo chargé, il vaut mieux marcher et pousser sa monture que d’user trois fois plus d’énergie à pédaler. Il nous faut plusieurs heures en plein soleil pour venir à bout de ce monstre. Après ça, la moindre montée est bien plus pénible que toutes les précédentes. Mais c’est pas grave ! Voilà le dernier col !

Difficile, mais très beau ! Comme si, avec la fatigue accumulée, la beauté en faisait de même en nous offrant un bouquet final resplendissant avec la lumière du soleil couchant. Intense ! Extenués, nous nous arrêtons à la première pizzeria pour reprendre des forces. La nuit est tombée et même si les cols sont finis, il reste 150 kilomètres de collines avant le finish. Mon copain pilote étant un peu plus compétitif que moi, il décide de repartir assez rapidement. Je préfère prendre un dessert mais je ne traine pas trop non plus. Le concurrent qui me précède n’est qu’à quinze kilomètres et même si le classement m’importe peu, ça me motive à rouler direct jusqu’à la fin. C’est avec beaucoup de peine que je roule durant cette dernière nuit, mes paupières étant bien lourdes. Je m’arrête dans les restaurants pour boire des doubles thés, stations-essences pour de la junkfood, musique disco à fond, penser à voix haute (très haute même), appeler ma douce, pichenettes, toutes les stratégies sont bonnes pour rester éveillé. Et voilà, dernière montée, dernier sommet, dernière descente, c’est la fin ! À peine arrivé au bord de l’océan que je m’endors quelques heures sur un banc.

Pour conclure, la région des Pyrénées est un endroit qu’il faut explorer avec son vélo, même sur la route. Bien qu’ils soient moins longs et moins hauts que dans les Alpes, les cols sont tout aussi difficiles vu leur pente moyenne. Par contre, cette chaîne de montagne est bien moins envahies de stations de ski ou autres structures touristiques. Les montées sont donc bien plus calmes et plaisantes pour du vélo de route et c’est un point important pour passer un bon moment lors d’épreuve difficile pour son corps. Je conseille donc à tout le monde d’aller se promener par là-bas, tant à vtt, à pied, en trottinette, brouette ou comme bon vous semble.

Sinon, j’ai passé une superbe course. C’est sûrement un des meilleurs itinéraires que j’ai fait avec mon vélo. Je suis, en plus, très content de ma performance. J’ai terminé en 7ème position en 3 jours, 8 heures et 17 minutes pour 1000 kilomètres et 25’000 mètres de dénivelé positif ! Merci énormément à vous tous pour votre soutien :). »

Transpyrénnée de Benjamin Pérez | Baroudeur Team
Partager: